Grand Tétras – Marie Villemin
Les arts cachés, quotidiens, povera, aux frontières de l'art et de l'artisanat, m'ont toujours intéressée. Les quilts ont souvent été considérés comme une forme de folklore "féminin", confinée à la sphère familiale et domestique, mais les qualités artistiques et historiques de ces ouvrages leur donnent aujourd'hui une place importante dans l’histoire de l'art textile. J’apprécie la double dimension esthétique et utilitaire de ces pans épais de tissu isolants et enveloppants, ancrés dans la physicalité du quotidien.
Ma pratique est habitée par la vision d’artistes comme Yto Barrada, Sanford Biggers, Rosie Lee Tompkins ou encore les Quilteuses de Gee's Bend, qui ont su élever le patchwork et la teinture au rang de langage artistique à part entière.
J'ai eu la chance de rencontrer beaucoup d'artistes inspirant·e·s en organisant des expositions d'art contemporain. Naturaliste depuis toujours, je me suis installée depuis une dizaine d’année dans une ancienne ferme à la campagne, et je me suis formée en herboristerie. Pour ces raisons, j'ai été contactée il y a quelques années par un ami artiste pour imaginer un projet autour des teintures végétales. Alors néophyte dans ce domaine, j'ai été captivée par l’expérimentation des processus de coloration, puis j'ai commencé à composer des pièces textiles et motifs avec les matériaux obtenus.
Mes quilts restituent en partie des impressions qui me traversent en vivant proche de la nature. À force d’immersion, j'ai réalisé que la reconnaissance du vivant environnant se produit bien avant que l’œil ait eu le temps de faire un quelconque focus. J'essaie de convoquer l'image intérieure avec l'assemblage de couleurs et la matière textile, une synthèse minimaliste des perceptions qui ont capté une présence animale et végétale.
Un quilt artisanal représente pour moi le temps long (de sa fabrication, de son usage), le care, le contraire du stress.
